Lucidité politique

Dans une interview donnée au journal Le Monde, Manuel Valls revient sur le dernier attentat perpétré dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il y évoque le cas de l’un des deux auteurs de la tuerie, qui venait d’être libéré de prison, mais aussi l’islam de France et le financement des mosquées. 

C’est un “échec, il faut le reconnaître”. Les mots sont forts. Dans une interview donnée au journal Le Monde, Manuel Valls évoque ainsi le suivi socio-judiciaire de l’un des deux auteurs de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, mardi 26 juillet. Adel Kermiche, 19 ans, avait été libéré de prison sous bracelet électronique en mars 2016, après avoir tenté de partir en Syrie à deux reprises.

Contre la création de “Guantanamo à la française”

Le Premier ministre dit “comprendre les interrogations’ suscitées par cette libération : « Cela doit conduire les magistrats à avoir une approche différente, dossier par dossier, compte tenu des pratiques de dissimulation très poussées des djihadistes”, déclare le chef du gouvernement. Mais Manuel Valls précise aussitôt qu’il ne sera pas non plus “celui qui, au mépris de tout équilibre des pouvoirs, tomberait dans la facilité de rendre ces juges responsables de cet acte de terrorisme”. Mon gouvernement ne sera pas celui qui créera des Guantanamo à la française, affirme le Premier ministre.

“Nicolas Sarkozy perd ses nerfs”

Et à Nicolas Sarkozy qui accusait ce jeudi le gouvernement de se “réfugier derrière des « arguties juridiques” pour refuser les propositions de la droite en matière de lutte antiterroriste, Manuel Valls répond : “Nicolas Sarkozy perd ses nerfs. Etre lucide face à la menace, ce n’est pas basculer dans le populisme”, cingle le Premier ministre.

“La France a une stratégie“

La stratégie du Premier ministre face à ces attentats à répétition ? “Cette guerre, qui ne concerne pas que la France, va être longue, et nous allons connaître d’autres attentats. Mais nous allons la remporter. Car la France a une stratégie pour la gagner, pour lutter contre cet ennemi qu’est le totalitarisme islamique, l’ennemi mondial numéro un, que nous combattons en Irak et en Syrie. Et en France aussi”.

Interdire le financement étranger des moquées ?

Manuel Valls évoque aussi dans cet entretien l’islam de France, avec lequel il faut, selon lui, “inventer une nouvelle relation”. “C’est bien un nouveau modèle que nous devons bâtir. Le ministre de l’Intérieur (et des Cultes Bernard Cazeneuve) y travaille” (…) “Il faut être intraitable avec les mises en cause de la laïcité, les idéologues intégristes, et tous ceux qui, sous couvert d’un discours fondamentaliste, préparent les esprits à la violence. Le salafisme n’a pas sa place en France”, insiste le Premier ministre qui suggère : “Je suis favorable à ce que, pour une période à déterminer, il ne puisse plus y avoir de financement de l’étranger pour la construction des mosquées”.

Ne pas chercher de boucs émissaires

Des considérations qui ne doivent pas faire oublier les “millions de musulmans dans notre pays (qui) jouent loyalement le jeu démocratique et adhèrent à nos valeurs républicaines”, insiste Manuel Valls qui met en garde une nouvelle fois contre les risques de fracture de la société française, but affiché de Daech :

“Nous serons impitoyables face à ceux qui cherchent des boucs émissaires et voient dans les musulmans le coupable idéal. Nous avons, vis-à-vis de tous nos concitoyens, le même devoir de protection”, conclut le chef de gouvernement.