Logement social, les années 50, les années des urgences

Reprenons le cours de l’Histoire du logement social, après quelques digressions liées à l’actualité vauréenne et replongeons dans les années 50, après que l’abbé Pierre ait interpellé la nation sur les sans domicile fixe, les couches dehors.

A l’aune de la cinquième république, le logement est toujours associé à la reconstruction ; Michel Debré en 1958 sera le dernier ministre de la Reconstruction et du Logement sous le gouvernement de Charles de Gaulle.

La quatrième République a fait la part belle à la reconstruction des infrastructures (électricité, chemin de fer, routes, téléphone…) et à la relance de l’économie. Devant l’ampleur des destructions, la quantité va l’emporter sur la qualité et les moyens mis en œuvre seront à la hauteur des urgences.

Elle a aussi construit un nouveau modèle social avec la sécurité sociale (financement partagé employeurs/salariés et gestion paritaire syndicat/patronat), la création des comités d’entreprise, retraite, bourses d’études, salaire minimum et l’octroi d’une troisième semaine de congé payé.

le corbusierLe Corbusier développe alors sa stratégie architecturale imaginée en 1920, qui n’est pas en fait un modèle révolutionnaire, nous avons vu précédemment cette notion déjà développée de cadre de vie plutôt que de logement.

Elle est parfaitement adapté à la crise de l’après guerre, elle passe par l’industrialisation de la construction et les fabrications standardisées d’équipements en série.

La France de l’après-guerre a perdu nombre de ses hommes et pour réussir ce challenge, elle favorise l’émigration de travailleurs étrangers, alors que la guerre d’Algérie vient de commencer. Le problème de leur accueil et de leur intégration se pose. Des foyers sont conçus pour les accueillir à titre provisoire, leur présence sur le territoire étant lui aussi par définition provisoire. Une société voit le jour, la société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leur famille en 1956 pour solutionner le problème de l’insalubrité de l’habitat de ces migrants (bidonvilles notamment en périphérie de Paris).

Ces foyers n’ont pas disparus, la société gestionnaire s’est transformée comme la destination de ces logements adaptés à un mode de vie et des coutumes sociétales d’outre méditerranée. Si les travailleurs migrants ne sont pas retournés au pays, ils sont de moins en moins nombreux par suite de leur décès (pour la plupart, ils avaient moins de vingt ans en 1950).

La question du réemploi de ces nombreux logements est posée, elle trouve lentement une solution par l’accueil d’une autre population plus exigeante et particulièrement par les exigences de normes de construction plus pointilleuses.

Adoma est la nouvelle société qui se trouve avec ses 70 000 unités de vie en face d’un véritable enjeu. Elle se consacre à des missions d’accueil de personnes en grande  difficultés. Mais cela est aujourd’hui, revenons donc à ces années d’euphorie économique qui vont conduire par la suite à une grande instabilité politique.

C’est donc en ces temps une architecture moderne déclinée en cinq points (les pilotis, le toit-terrasse, le plan libre, la fenêtre-bandeau et la façade libre) qui participe à l’aventure de la construction de logements en grande quantité : les unités d’habitation de Le Corbusier à Marseille dite « La maison du Fada », la cité Radieuse de Rezé, près de Nantes, les maisons de Jaoul à Neuilly-sur-Seine…

Viendra ensuite le temps des instabilités politiques… et de mise sur orbite de l’accession à la propriété des classes moyennes, à partir notamment des années 70…

Logement social : les années 50

Elles seront riches en transformation, c’est l’après guerre…

Les années 1950

C’est d’abord une modification de l’appellation des logements sociaux, exit les HBM, le logement HLM est dès 1950 entré dans le vocabulaire commun.

Le transfert de la tutelle du logement social du ministère de la Santé au ministère de la Reconstruction et de l’urbanisme est une des raisons avancées pour ce changement de dénomination.

Dans la France en reconstruction, l’urgence est la construction et pour construire il faut loger la main d’œuvre, cette période voit le développement massif de logements en périphérie des grandes agglomérations, c’est l’époque des grandes barres HLM.

C’est aussi en 1953, la mise en place du 1 % logement. Il s’agit de la participation des employeurs. Cette participation leur permet de loger leurs employés dans des logements qui bénéficient de leur participation et des conditions de subventions et de prêts avantageux qui sont octroyés par l’État.

Ces années marquent une prise de conscience de la « France » qui semble découvrir l’existence de ses pauvres à travers l’appel émouvant de l’abbé Pierre quand, en 1954, il vole au secours de ce qu’il a appelé « les couches dehors ». À travers cet appel radiophonique, la misère s’impose dans l’esprit de tous. Tous ont côtoyé, croisé, regardé ces sans-abri, aucun n’a touché du doigt la faillite de la politique sociale.

Pourtant en 1954, au moment de cet appel, 90 % de logement sont sans douche, ni baignoire…, 75 % ne possède pas de W.C. Il manque au moins 4 millions de logements, aussi de nombreux jeunes vivent encore chez leurs parents. « Le Canard Enchainé » titrera « Au pouvoir l’abbé ».

Il ne prendra pas le pouvoir, mais le pouvoir l’entendra et sur l’ensemble du territoire seront construites des cités « Abbé Pierre » au confort rustique, certes mais constituées le plus souvent de logements individuels aux normes de salubrités et de constructions décentes pour l’époque.

Dès lors, l’État s’engage massivement dans l’effort de reconstruction. Pourtant aujourd’hui les mots de l’abbé Pierre résonnent comme une brûlante actualité et nous trouvons des élus pour se détourner du problème qui ne serait pas de la compétence municipale !

abbé piere« « Mes amis, au secours ! »

Une femme vient de mourir, gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de deux milles recroquevillés sous le gel, à la rue, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu.

Devant tant d’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent. Écoutez-moi. En trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte des lieux où il y ait couverture, paille, soupe, et où on lise sous ce titre “Centre Fraternel de dépannage”, ces simples mots :

Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici,

on t’aime.”

La météo annonce un mois entier de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent. Devant leurs frères mourant de misère, une seule “opinion” doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous en prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela ! Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’Ame commune de la France.

Merci ! »

Logement social : la Loi Loucheur

1928

La loi Louis Loucheur consacre le premier engagement financier de l’État dans le logement social.

Le rôle de la Caisse des Dépôts et Consignation est élargi et la Loi ne peut, bien évidemment, pas faire l’économie d’une prévision de constructions : 200 000 logements HBM et 60 000 logements à loyer moyen sur 5 ans.

Raymond Poincaré, président du conseil et ministre des Finances, en présentant le 7 juin 1928, les projets sociaux gouvernementaux, déclare :

« L’une des premières tâches qui nous sollicitent est celle de résoudre non pas seulement le problème des HBM mais en général, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, le problème plus vaste et non moins urgent du logement hygiénique, sain, clair, aéré et accessible à ceux qui ne disposent que de ressources moyennes. »

loucheurPromesse tenue ou pas, les mises en service se sont étalées dans le temps et la statistique est difficile à consolider ; toutefois, là où l’élan de la Loi est incontestable, l’influence du social est indéniable, les constructions sont validées par un architecte mandaté par l’État qui devient garant de la conformité et de la salubrité des constructions, mais aussi l’environnement est enrichi par l’implantation de commerces de proximité.

Près de Roubaix, un quartier en témoigne : « Le Sart » qui voit s’implanter boucherie-charcuterie, droguerie, boulangerie-pâtisserie, épicerie, café-brasserie…

Clin d’œil de l’histoire, avec un de ses condisciples de l’école polytechnique notre Loucheur a créé une société de constructions en béton armé, la SGE qui est devenue VINCI en 2000.

prochain post : les années 50...

Logement social, financement

En 1894 – Loi Siegfried pose la première pierre d’un financement participatif

Cette loi est un encouragement par le biais d’incitations fiscales et de prêts à l’initiative privée pour la création d’organismes d' »habitations à bon marché » (HBM).

livretElle s’oriente vers le collectif au détriment de l’habitat individuel, mais sa marque est le système de financement par le bais du livret d’épargne : le livret A (créé en 1818)

Depuis donc un peu plus de 120 ans, l’épargne de la classe moyenne constitue le financement des logements sociaux. La Caisse des Dépôts et Consignation devient le banquier principal de la construction sociale.

1906-1908

La loi Strauss permet aux collectivités locales – communes, départements – de favoriser l’édification de logements sociaux. La forme de cette autorisation est toujours d’actualité puisqu’il s’agit soit de vente de terrains à prix réduits, soit de prêts à des taux avantageux ou encore la collectivité se porte garant des emprunts, ce que pratique la commune de Lavaur et qui met le maire en contradiction avec ses affirmations de non ingérence de la commune dans le logement social. Il fait un peu, a minima, et c’est bien le reproche qui peut lui être fait. Car ailleurs il fait le maximum !

En 1908 la loi Ribot porte création de sociétés de crédit immobilier pour favorise l’accession à la « petite propriété ».

Ces deux lois mettent en avant le souci de garantir un cadre de vie salubre et même en 1908, la possibilité d’entretenir un lopin de terre ainsi que l’avait projeté l’abbé Jules Lemire, lors de son second mandat à la Chambre des députés, en créant dès 1998 la ligue du coin de terre et du foyer.

Les points de convergence de ces lois seront ceux de l’ensemble des réglementations : la décence, la salubrité.

Force est de reconnaitre que cela va être perdu de vue notamment par les conséquences des deux guerres et particulièrement en regard des destructions de la seconde guerre mondiale, puis de manière tangible, ces objectifs sont réactivés pour devenir une condition sine qua non de survie.

 

Mesquinerie ou souci de justice sociale ?

Cela peut paraître futile, mesquin même, quand chaque année pour la présentation du compte administratif ou lors du vote du budget, le conseiller Soubiran rappelle le coût des frais de publication ou encore celui des apéros gratuits et autres festivités.

Vigilance vauréenne a imaginé, à ce propos, ce qu’aurait pu être le dialogue avec une conseillère attachée aux valeurs de la gauche (pour faciliter l’interview nous l’avons appelée G. EnérationS):

VV : « Madame la conseillère, cette année vous allez de nouveau vous offusquer de l’importance des frais de bouche et de communication budgétés pour 2019, ou vous ferez l’impasse en acceptant ces dépenses comme étant une coutume ? »

G. EnérationS : « Bien sûr que je vais faire l’observation, mais particulièrement parce que ces frais sont engendrés par une politique du paraître. Ces dépenses, en période(s) pré électorale privent les vauréennes et les vauréens d’avancées dans d’autres domaines et c’est proprement insupportable. »

VV : « Ainsi, vous laissez entendre que ces fonds pourraient être mieux employés ? »

G. EnérationS : « Assurément. Un domaine est laissé à l’abandon au motif que ce n’est pas la vocation de la commune, c’est celui du logement. Nous relevons depuis des années – 20 ans – des subventions tous azimuts aux associations sans qu’une définition claire et transparente des critères d’attribution soit communiquée, cela représente plus de 400 000€ par an. Si vous ajoutez à cela les frais de représentation, les publications somptuaires et les participations à des manifestations non couvertes par des droits d’entrée c’est plus d’un demi million qui est mobilisé pour des dépenses ni urgentes, ni indispensables. Cette somme affectée au logement social serait plus justement employée dans un secteur où l’urgence n’est plus à démontrer. »

VV : « Vous avez une idée de ce que cela représente en terme de constructions ? »

G. EnérationS : « Il y a deux façons d’aborder le problème, doit-on se mobiliser pour la réhabilitation de logements indécents ou plus ou moins en péril, et à Lavaur cela existe, ou bien investir dans du logement neuf en appliquant les normes énergétiques modernes. Les coûts se rejoignent finalement. Aussi pour année, en prenant en compte une base d’un demi million d’euros qui constituerait les fonds propres affectés à ces constructions, il peut être construit 40 logements, par le biais des subventions et prêts mobilisables et une TVA à 5%. »

VV :  « Cela paraît être un objectif réalisable, ou est-ce une utopie ? »

G. EnérationS : « C’est juste le résultat d’un calcul basé sur des données fiables et vérifiées. A chaque fois que la commune « gâche 12 500 €, c’est logement social qui n’est pas construit. »

VV : Mais alors pourquoi n’est-ce pas fait ?

G. EnérationS : « la volonté politique n’est pas là, ce secteur n’est pas électoralement porteur. »

VV : « Un rapide calcul… cela ferait en vingt ans… 800 logements, pour le coup Carayon aurait pu tenir la promesse de Macron et bien au-delà ! »

lgts 20 ansG. EnérationS : « Nous allons militer pour atteindre cet objectif, les élections à venir pourront utilement porter ce projet. »

VV : « Merci à vous et bon courage! »

G.EnérationS : « Nous l’avons, merci ! »

 

Logement social : l’exposition universelle

On n’a rien inventé…

1862-1895 Mulhouse.
De l’accession à la propriété avant la lettre : Des industriels du textile à l’initiative de Jean Dollfus (DMC) lancent une opération de construction, 1 240 maisons ouvrières avec cette particularité qu’elles sont payables par mensualités.

On y reviendra en ces périodes modernes avec des aménagements permettant à ceux qui ont tenté l’expérience mais qui ne parviennent pas à boucler leur budget de devenir des… locataires.

1889 – L’exposition universelle de Paris

pavillon expoCe ne sera pas que la consécration du génie des équipes de l’architecte Eiffel et sa majestueuse tour, l’exposition verra adopté le concept d’habitation à bon marché (HBM). Cette appellation sera remplacée par celle d’HLM en 1949, deux guerres plus tard !

Ce concept sera exposé en grandeur réelle sur l’esplanade des invalides, la maison familiale est privilégiée. Il y a là, la véritable reconnaissance de la nécessité d’organiser le logement et de le rendre accessible à tous dans un contexte de vie sociale.

Une ambition poursuivie depuis comme une chimère, même le plein logement n’est jamais atteint et la mise en adéquation logement vie sociale toujours perturbée par des notions de rentabilité, L’humain bradé au profit de la pierre rentable.

Prochain article, le financement public

Certes pas sa vocation, mais ce devrait être son objectif

Pas à proprement parler de la vocation d’une commune le logement social, il n’en reste pas moins que ce devrait être un de ses objectifs prioritaires.

Pas seulement pour tenir la promesse du candidat Macron, mais parce que c’est humainement l’objectif vers lequel doit tendre tout responsable politique. Bien sûr, les instances « apolitiques » devraient elles-aussi s’en inquiéter en faisant un soupçon de politique sociale !

Mais notre maire a choisi un autre objectif, pas non plus une vocation de la commune, cet objectif est la cathédrale saint-Alain, un objectif de 2 350 000 euros si l’on prend en compte le supplément pour illumination et aménagement intérieur de cette maison d’un dieu.

hlmCela  représente en terme financement de constructions neuves 21 150 000 €, de quoi construire pas loin de 18 000m² de logements soit environ 170 logements !

Cette année, les  350 000 € budgétés auraient constitués les fonds propres qui auraient permis de mobiliser 3 150 000€ soit une bonne vingtaine de logements ! (il est considéré que l’État subventionne 10 à 15 %, qu’un prêt principal de 65 % est réalisé selon les procédures habituelles, et que la collectivité apporte 15% de subvention et le reste en des subventions diverses). Mais on aura autre chose par la volonté du maire : l’éclairage du parvis et la réfection d’une stèle !!!

Dormez braves gens, dieu vous remercie et majorité, opposition ont permis ce déni de justice sociale.